Lettre d’Ernest Hemingway à Marlène Dietrich - Mon monde, mon âme et le reste

Mon monde, mon âme et le reste

Mon monde, mon âme et le reste

Lettre d’Ernest Hemingway à Marlène Dietrich

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27 juin 1950

 
 

Ma très chère Marlene : j’écris ceci tôt le matin, à l’heure à laquelle les pauvres, les soldats et les marins s’éveillent par habitude, pour t’envoyer cette petite lettre au cas où tu te sentirais seule.

Hier je suis mort avec mon Colonel pour la dernière fois et j’ai dis au revoir à la fille et ce fut pire que toute les autres fois. Mais les dernières pages d’épreuve sont à présent achevées. Je les ai rédigées en un jour et une nuit, et toute la journée d’hier.

Désormais je dois essayer de ne pas y penser et au diable tout le reste. Je te dis toujours tout, ainsi je dois te dire que dire au revoir à cette fille dans la vie réelle n’était pas ma vraie intention. Maintenant je ne sais pas si je la reverrais un jour. Mais si je la vois, et que je dois lui dire adieu, et je le ferais, ce ne sera pas amusant non plus. J’espère que tu ne me tiens pas rigueur pour mon infidélité car fondamentalement je suis fidèle. Il fut un temps, j’avais un plan et étais décidé à n’aimer qu’une seule personne. Ce plan s’appelait le Plan de Monogamie de Sept Ans. Il alla au diable lui aussi.

Aujourd’hui je n’ai plus de plans. Je devrais gagner un peu d’argent et je suppose que cela me satisfera. Et puis il y a cette guerre qui ne m’intéresse pas. Nous partons naviguer avec le Pilar pendant trois jours et je vais essayer de pêcher intelligemment et de tirer sur les cannettes de bières du mieux que je peux, rapidement et avec finesse.

Je pensais à toi hier nuit alors que je n’arrivais pas à m’endormir et je me disais combien les soucis des femmes sont pires que ceux des hommes. Les hommes en ont quelques uns également. Je suppose que la vraie mesure de nos soucis (Dr Hemingstein le Philosophe) est calculée par la capacité que l’on a d’aimer quoi que ce soit de bon cœur quand rien de bon ne peut en advenir.

J’ai aimé (réellement) cinq femmes, la République d’Espagne et la 4eme Division d’Infanterie. […] Je nous savais vaincus en Espagne quand nous perdîmes Irun en 36 et je me suis attardé pendant deux ans et demi avec mon cœur et mon cran et moins de 1000 pièces d’artilleries pour un front de 640 miles. Tu peux demander à ton vieux ce que cela représente. Les mortiers tous faits maisons.

J’aime Miss Martha, je crois, mais je ne pouvais plus la supporter et elle m’a menti, huit année durant, en me faisant croire qu’elle ne pouvait absolument pas avoir d’enfant. Et bien, je renoncerai aux femmes, sauf que je tombe gravement amoureux de toi et que tu es sans cesse éprise d’un quelconque imbécile. Je rencontre une fille fantastique comme Mary et elle blesse mon cœur à nouveau comme avec un 88. En ce moment, j’aime la 4ème Div. D’infanterie et 25.569 pertes sur une force qui en comprend entre 12 500 et 13 000. J’aime mon Chien Noir et il m’aime et il vieillit. J’aimais une adorable Persane grisonnante du nom de Princessa et elle est morte de vieillesse la semaine dernière.

Cette lettre est un ramassis de conneries, ou dois-je être poli, parler allemand, et dire de bêtises ? J’aime encore pratiquement tout bon sang et je t’aime toi à n’en plus douter, ma satanée héroïne. Mais ciel que je suis las et que je m’ennuie à mourir lorsque j’achève quelque chose. Je pense que le livre te plaira. J’ai vraiment beaucoup travaillé dessus. Si tu l’aimes ne serait-ce qu’au quart de l’admiration que j’ai eu pour toi dans  La Scandaleuse de Berlin, je serais ravi.

Je demanderai à Scribner de t’envoyer leur première impression.

Tu pourras le lire pendant ton vol au dessus de la Corée. Fais des acrobaties et divertis-les.

Je t’aime passionnément, Papa.

 

 

 



03/11/2015
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