Mon monde, mon âme et le reste

Mon monde, mon âme et le reste

Lettre de Sacher-Masoch à Wanda

Sans titre 

Le 20 janvier 1875

Ce serait facile pour vous, avec votre cœur froid et votre sang-froid de réaliser mon idéal pour moi, avec l’aide d’une veste d’hermine et un fouet  et de dépasser ma Vénus à la fourrure, car celle-ci avait, malgré sa cruauté, exaucé pourtant son esclave.

Si vous êtes la femme géniale pour laquelle je vous tiens, vous n’hésiterez pas à rendre vrai le rêve de ma vie d’autant plus que vous même ne courez aucun risque.

En ce qui concerne le fouet, je vous demande un fouet véritable, comme on en emploie pour les chiens. Entre un esclave et un chien, il n’y a pas de grande différence.

Que vous preniez aussi au sérieux l’idée de me fouetter et vous y trouviez plaisir, cela me ravit. Cela fait longtemps que je ne me suis réjoui de rien autant que mon voyage et mon séjour à Vienne.

Vous êtes une magicienne.

Si je pouvais devenir follement amoureux de vous, alors seulement être piétiné par vous, être fouetté par votre main prendraient leur véritable sens.

Vous avez le droit d’être non seulement impertinente mais bien plus d’être à mon égard dure, brutale, cruelle ; car vous êtes ma souveraine , mon tyran et moi, votre esclave, je dois encore embrasser votre pied après qu’il ma piétiné. Savez-vous ce qui, dans votre avant-dernière lettre, m’a tellement électrisé : les mots « quelle femme heureuse ! Elle a déjà fouetté ! »

Ainsi vous trouvez vraiment du plaisir à l’idée  que vous m’aurez un jour sous vos pieds, que sans merci vous me toucherez de votre fouet ?

Maintenant votre désir doit être complet et je vais exulter si vous êtes vraiment cruelle, mais serez-vous aussi cruelle, diaboliquement cruelle ? Pensez-vous être impérieuse, froide, inapprochable, sans pitié  et pouvez-vous vraiment éclater d’un ricanement sarcastique ? Car vous devez, tandis que vous maltraitez votre esclave, le mettre également en pièces moralement en vous riant de lui, et vous rire de lui doublement lorsqu’avec une humble volupté, il baisera la plante de vos pieds. Je pense que seule une jeune fille peut être vraiment cruelle.

Depuis peu de temps, ma femme a pris totalement les rênes, elle a réalisé que je me sens bien lorsque je suis dominé par une femme, même tyrannisé par elle et elle a eu l’heureuse idée de jouer elle-même le rôle de cette femme, ce qui lui est d’autant plus facile qu’elle est jeune, jolie, qu’elle possède de riches toilettes ainsi que de somptueuses fourrures indispensables et, avant tout, la nature d’une despote née dans la véritable hermine.

J’ai enfin trouvé mon idéal et cela dans ma propre femme, ce qui me rend encore plus heureux. Je suis avec un véritable enthousiasme son esclave et après trois ans de mariage aussi follement amoureux d’elle, comme je ne l’étais jamais d’une autre femme.

En prenant congé de vous, je vous souhaite d’être aussi heureuse que je le suis.



21/03/2015
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