Mon monde, mon âme et le reste

Mon monde, mon âme et le reste

Dernière lettre de Stéphane Mallarmé à son épouse et sa fille

Untitled

8 septembre 1898

Recommandation quant à mes Papiers.

(Pour quand le liront mes chéries.)

Mère, Vève,

Le spasme terrible d’étouffement subi tout à l’heure peut se reproduire au cours de la nuit et avoir raison de moi. Alors, vous ne vous étonnerez pas que je pense au monceau demi-séculaire de mes notes, lequel ne vous deviendra qu’un grand embarras ; attendu que pas un feuillet n’en peut servir. Moi-même, l’unique pourrais seul en tirer ce qu’il y a… Je l’eusse fait si les dernières années manquant ne m’avaient trahi. Brûlez, par conséquent : il n’y a pas là d’héritage littéraire, mes pauvres enfants. Ne soumettez même pas à l’appréciation de quelqu’un : ou refusez toute ingérence curieuse ou amicale. Dites qu’on n’y distinguerait rien, c’est vrai du reste, et, vous, mes pauvres prostrées, les seuls êtres au monde capables à ce point de respecter toute une vie d’artiste sincère, croyez que ce devait être très beau.

Ainsi, je ne laisse pas un papier inédit excepté quelques bribes imprimées que vous trouverez puis le Coup de Dés et Hérodiade terminé s’il plaît au sort.

Mes vers sont pour Fasquelle, ici, et Deman, s’il veut se limiter à la Belgique :

Poésies et Vers de circonstances

avec L’Après-Midi d’un Faune

et Les Noces d’Hérodiade.

Mystère.

 

 



19/10/2015
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