Mon monde, mon âme et le reste

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Voyage au bout de la nuit de Céline

Blog de carlitablog :Tendance et Rêverie, Sur une idée de Frédéric B avant l'apocalypse : 98 : Voyage au bout de la nuit de Céline

 

Tout le monde connait ce magistral roman dans lequel le héros qui fait office de narrateur, Ferdinand Bardamu, découvre les horreurs de la guerre. Blessé et traumatisé à vie par la peur, il est soigné à Paris et de façon atroce se rend compte que la guerre profite surtout à ceux qui ne l'a font pas.

Sur le plan sentimental, il vole d'échec en échec. Réformé, il s'embarque pour l'Afrique où il fait l'expérience de l'ignominie de la colonisation avant de travailler comme gérant dans une compagnie de la forêt tropicale, poste où il succède à un certain Robinson qu'il a déjà rencontré à la guerre.

La suite de l'aventure se faisait à travers un grand voyage mélancolique.

 

 

D'un point de vue technique, ce  roman a été rédigé en 1929 pour une               parution en 1932 avant d'obtenir le prix Renaudot la même année. Œuvre en rupture avec l'esthétique romanesque du début du XXe siècle qui faisait de la subjectivité la clé et la finalité de la représentation du monde, le Voyage revient au réalisme dont il reprend certains procédés. Il est aussi généralement considéré comme le premier roman de l'absurde, dont se souviendront Sartre et Camus.

 

La voix narratrice. Roman brutal, violent dans sa forme et son contenu, le Voyage au bout de la nuit marque, dans son titre même, l'échec de Bardamu, travaillé par le besoin de comprendre le pourquoi qu'on est là et celui d'en savoir toujours davantage. Dans l'œuvre, une seule fois se fait entendre, celle du héros narrateur, représentant des pauvres de partout : c'est son regard ou ses commentaires qui nous rapportent tous les autres points de vue. Cela lui confère une fonction de témoin qui dénonce puissamment le mal qu'il découvre autour de lui et souligne que la guerre est partout et la mort partout à l'œuvre. La mort est tellement omniprésente dans ce roman qu'elle se regarde même dans l'œil des femmes aimées.

Avec le recul d'aujourd'hui, on mesure assez mal l'aspect révolutionnaire de l'ouvrage lors de sa sortie. Avec ce style, Céline brise toutes les normes en vigueur dans la langue écrite. Revendiquant un style anti bourgeois, il puise largement dans le langage populaire, dans l'argot, il s'écarte de façon langoureuse des règles syntaxiques.

Cependant, cette écriture, aussi vivante que la parole n'a rien de spontané. Elle est le fruit du travail le plus absolu. Inventif auquel il faut ajouter une connaissance extrême du parler populaire.

Le résultat est faramineux tant la musique de ce livre est une douce mélodie.

La distance entre le mot et l'émotion est réduit à son chemin le plus court.

Céline a le projet de tout dire, de tout exposer, de s'imposer comme l'homme du parler vrai, de détruire les mythes.

Et si on fait attention, on peut deviner aussi son antisémitisme plus caché qu'absent dans cette œuvre.

Admirable à lire évidemment.



03/12/2015
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