Mon monde, mon âme et le reste

Mon monde, mon âme et le reste

Lettre d’Emilie du Châtelet au marquis de Saint-Lambert

Emilie_du_Chatelet 

Jeudi 27 février 1749

 

Je joue un singulier rôle. Il faut que j’aie bien de la vertu. L’envie d’être digne de vous, et du moins de me faire regretter si vous ne pouvez plus m’aimer, me soutient. On quitte le vicomte pour vous enlever à moi, je ne puis plus en douter que par l’excès de la folie avec laquelle je vous aime. Le vicomte veut partir et c’est moi qui l’en empêche, peur de perdre quelqu’un qui m’a arraché le bonheur de ma vie, et qui a employé tant d’art, de noirceur et de manège pour vous détacher de moi, et qui y est enfin parvenu ! Les lettres et les explications passent par moi. Je puis tout éclaircir d’un mot, et je me le refuse, et je m’oppose avec un courage inébranlable au départ du vicomte qui seul pourrait me tranquilliser. Je passe ma vie à pleurer votre infidélité et à cacher mes larmes à qui pourrait me venger ! Enfin, que ne fais-je point ! Pour m’en récompenser, vous me faites mourir de douleur, moi et ce qui doit vous être cher.

Vous pouvez tout finir d’un mot et vous me le refusez. Ce mot est que vous m’aimez. Mais si vous ne m’aimez plus, ne me le dites jamais. Au reste, ne croyez pas que j’aie adressé une seule lettre au chevalier, ni eu la moindre relation avec lui. Tout a passé par le prince.

Je respecte vos folies les plus outrageantes, je veux tout faire pour regagner votre coeur, et je mourrai si je l’ai perdu. Si vous m’envoyiez votre portrait, tout serait réparé. J’ai pensé écrire à Girardet mille fois pour le demander.

 



18/04/2016
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 203 autres membres