Mon monde, mon âme et le reste

Mon monde, mon âme et le reste

Lettre de Guy de Maupassant à Robert Pinchon dit La Tôque

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2 mars 1877

 
 

Mon cher La Tôque,

Tu ne devineras jamais la merveilleuse découverte que mon médecin vient de faire en moi — jamais, non jamais. Comme mes poils tout à fait tondus ne repoussaient pas, que mon père pleurait autour de moi et que les lamentations de ma mère venaient d’Etretat jusqu’ici, j’ai pris mon médecin au collet et je lui ai dit : « Bougre, tu vas trouver ce que j’ai, ou je te casse. « Il m’a répondu : « La vérole ». J’avoue que je ne m’y attendais pas, j’ai été très turlupiné, enfin j’ai dit « Quel remède ? »

Il m’a répondu ; « Mercure et iodure de potassium. » J’allai voir un autre Esculape et lui ayant narré mon las, lui demandai son avis. Il m’a répondu : « Vieille syphilis datant de six à sept ans qui a dû être recommuniquée par une plaque muqueuse aujourd’hui disparue. »

Le « remède ? »: « Iodure de potassium et mercure. » Plusieurs symptômes auxquels je n’attachais pas d’importance ont servi à faire cette extraordinaire trouvaille. Bref, depuis neuf semaines, je prends quatre centigrammes de mercure et trente-cinq centigrammes d’iodure de potassium par jour et je m’en trouve fort bien. Je finirai par faire du mercure ma nourriture ordinaire. Mes cheveux commencent à repartir, mes sourcils s’indiquent par une légère ligne plus foncée au-dessus des yeux. Mes poils du cul broussaillent, mon cœur va pas mal et mon estomac mieux. J’ai la vérole ! Enfin ! La vraie ! ! ! pas la méprisable chaude-pisse, pas l’ecclésiastique christalline, pas les bourgeoises crêtes-de-coq ou les légumineuse choux-fleurs. Non, non, la grande vérole, celle dont est mort François 1er. La vérole majestueuse et simple. […]

 

 



18/11/2015
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