Mon monde, mon âme et le reste

Mon monde, mon âme et le reste

Le Journal de STENDHAL(1783-1842)

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Durant 25 années de sa vie, Stendhal a écrit pages après pages et jour après jour l'histoire de son évasion. Evasion d'autant plus nécessaire qu'il ne se supportait en rien, pas plus qu'il ne supportait le contexte de sa vie. Il ne s'aimait pas dans tout son physique, il ne s'aimait pas dans toute sa pensée, il ne s'aimait pas dans toute sa morale, il ne s'aimait pas dans sa société. Société qu'il n'aimait pas tout autant si ce n'est plus, il détestait son époque, son siècle, les gens autour de lui.

Les milliers de pages de son journal sont donc le résultat de cette détestation globale, cette nécessité de s'évader de ce quotidien qu'il haïssait à ce plus haut point. Décrivant sa vie idéale à travers le miroir de ses illusions. Ses désirs sont racontés, ses rêves amplifiés, ses turpitudes chassés et les méandres oubliés. Pour se faire il se multiplie, il est lui mais il est aussi plein d'autres.

Une identité pour se plaire dans ce rôle, une autre pour être ce personnages qu'il désire et encore un autre pour incarner celui qu'il aurait tant aimé être. Une farandole de personnages se dessine et s'embrasse sous cette écriture viscérale et si douce.

Et il se lâche dans son écriture d'autant plus facilement qu'au départ ce journal ne devait pas être publié.

Caché tel le plus grand des secrets. Une forme de pudeur pour garder ce moi dans un tête-à- tête langoureux.

Le plus langoureux dans tout ce journal était ce combat féroce dans la dualité de Stendhal.

Il veut être lui, car son essence est forcément ce qu'elle est mais en même temps il veut être autrui pour échapper à la condition de son entourage. A la condition de ce qu'il est.

Mais la stupeur la plus grande est la sauvagerie littéraire de l'objet, ce journal écrit viscéralement sans attention particulier à un style. Et comment ne pas voir dans cette effervescence le plus grand hommage à la littérature.

Un journal digne de la plus grande des tables de chevet.

Un monument.

 

Extraits :

"J'ai été dévoré d'ambition tout le matin, au point de ne pouvoir presque lire" (23 sept. 1806)

"Elle ne m'a pas reconnu. Cela m'a fait plaisir. Je me suis remis en lui expliquant que j'étais Beyle, l'ami de Joinville. "C'est le Chinois, quegli è il Chinese", a-t-elle dit à son père qui était là." (1813, chap. XVI du voyage en Italie)

"I go at breakfast time at Palfy's house. Je suis assez naturel et j'ai assez de dignité; je suis content de l'entrevue. Ses yeux semblent s'animer par ma présence. I believe that she thinks me retenu by somewhat, but virtue is ridicul" (3 mai 1810)

"Mon coeur est plein. J'ai éprouvé hier soir et aujourd'hui des sentiments pleins de délices. Je suis sur le point de pleurer." (Milan, le 8 sept. 1811)

"La chose qui me manquera le plus tôt lorsque je vieillirai, ce sera la mémoire" (24 sept. 1813)



27/01/2014
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