Mon monde, mon âme et le reste

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Condé, le héros fourvoyé de Simone Bertière

Blog de carlitablog :Tendance et Rêverie, Condé, le héros fourvoyé de Simone Bertière

Présentation de l'éditeur

La vie mouvementée de Louis de Bourbon, prince de Condé (1621-1686), se déroule au coeur du XVIIe siècle, dans une période elle-même très agitée : durant la minorité de Louis XIV, Anne d’Autriche et son ministre Mazarin, qui ont choisi de continuer la guerre entreprise contre les Habsbourg de Madrid et de Vienne, doivent faire face également à une rébellion intérieure, la Fronde.

Proche du roi par cousinage, mais issu d’une lignée de rebelles, le jeune homme s’impose à vingt-deux ans sur le champ de bataille de Rocroi comme un capitaine de guerre exceptionnellement doué. Six ans durant, de 1643 à 1648, il accumule ensuite les victoires, qui deviendront des cas d’école pour les militaires à venir. Il y fait preuve en outre d’une extrême bravoure, chargeant à la tête de ses troupes en prenant des risques inouïs. Considéré comme l’égal d’Alexandre, il entre dans la légende de son vivant.

La médaille a un revers. Puisque aucun exploit ne lui est impossible, il se croit tout permis. Dans la vie civile, accompagné de sa troupe d’amis, les « petits-maîtres », il multiplie les provocations, tant sur le plan des moeurs que sur celui de la religion. Il commence d’indisposer les autorités. En 1648, lorsque les magistrats déclenchent la révolte contre la pression fiscale, la régente ne peut que s’appuyer sur lui. Il la soutient lors du siège de Paris. Mais en récompense de ses services, il croit pouvoir tout exiger.

Exaspérée elle le fait mettre en prison, avant d’être contrainte de le libérer au bout d’un an. À sa sortie il opte pour la guerre civile, mais ne parvient pas à se constituer une base solide en province et, vaincu, se réfugie aux Pays-Bas, chez les Espagnols. Il combat à leurs côtés de 1653 à 1658, sans pouvoir empêcher leur défaite finale.

Quand il rentre en France après la Paix des Pyrénées, il lui reste un bon quart de siècle à vivre, dans un pays qui a profondément changé. Il récupère, au prix de sa soumission, ses biens et son statut de prince du sang, mais Louis XIV le tient durablement à l’écart, avant de lui offrir sur le tard l’occasion de deux campagnes militaires. Mais c’est comme homme privé qu’il opère sur lui-même une extraordinaire mutation, devenant aussi patient, attentif aux autres et généreux qu’il avait été coléreux et arrogant naguère. Dans son domaine de Chantilly, il offre aux esprits indépendants à qui pèse le dirigisme culturel régnant un chaleureux espace de liberté.

Ce livre est une biographie historique : le récit, non romancé, de la vie d’un homme. Il apporte un éclairage précieux sur les mentalités d’une époque très différente de la nôtre. Un exemple. La France était alors en pleine mutation, la monarchie s’efforçait d’imposer son autorité à de grands seigneurs nostalgiques de l’indépendance dont ils jouissaient au temps de la féodalité. Le sentiment national, déjà vif dans la bourgeoisie, était quasi inexistant chez eux avant la Fronde. Le passage de Condé à l’ennemi est perçu par eux, sur le moment, comme légitime défense contre un abus de pouvoir royal. Mais à son retour, quand la victoire définitive de la France a modifié les façons de penser, il apparaît rétrospectivement comme une trahison. En pareil cas, est-il possible de juger, quand les critères ne sont plus les mêmes ? Du point de vue psychologique le personnage, complexe, énigmatique, est à la fois inquiétant et fascinant. Quel est le moteur de sa conduite ? Il n’a pas fait de confidences.

Mais d’après ses actions, on aperçoit chez lui une constante : la haute conscience de sa valeur, le niveau élevé de ses exigences, le refus des limites, le défi à l’autorité, aux contraintes, à la mort. Et pour couronner une carrière contrastée, la victoire sur soi et une conversion religieuse in extremis. Comment se concilient en lui un rationalisme très poussé avec un déni de réel radical dès que sa personne est en cause ? L’historien apporte des pièces au dossier, mais s’interdit de trancher. Plus largement, son cas invite à une double réflexion sur l’héroïsme et sur la gloire qui en découle. La quête de l’exploit, de l’absolu, est-elle vivable pour l’intéressé, et sous quelles formes ? Quelle place la société peut-elle réserver au héros ? a-t-il tous les droits ? peut-il se permettre n’importe quoi ? La question est valable pour n’importe quel champ d’action : d’où son intérêt actuel.

Autour de Condé, bien sûr, on rencontre dans ce livre tous les grands acteurs de l’époque, Richelieu, Anne d’Autriche, Mazarin, le jeune Louis XIV, et aussi Gaston d’Orléans, qui lui dispute la scène politique, et Turenne, qui lui dispute la gloire. Simone Bertière les fait tous revivre d’une plume alerte, comme de coutume, dans un récit nourri d’anecdotes et teinté d’humour.

 

Ma lecture :

En ce moment c’est assez simple, il y a deux genres que j’adore par dessus tout en littérature : les biographies et les correspondances. Et c’est avec les babines humides et l’air curieux que je fis l’acquisition de cet ouvrage en vue d’une délicieuse lecture. Et délicieux, le met proposé l’a été.

Les ingrédients de la réussite étaient au départ réunis : un personnage hors du commun allait servir de support à l’écriture fine et racée d’une brillante reine de la plume.

Et ce n’est pas rien que cela, surtout si on se souvient de la fameuse parole de Karl MARX qui avait déclaré : « Les hommes font l’histoire mais ne savent pas l’histoire qu’ils font ».

Donc oui le personnage qui sert de support à une biographie est très important mais cela dépasse aussi grandement le cas du sujet concerné.  Il s’agit aussi de se transporter dans un ailleurs au niveau du temps. Sorte de voyage dans le temps pour comprendre les époques. Les structures autant que les hommes.  Et notre amie Simone Bertière est divine dans cet exercice, éclairant une époque à l’aune des personnages qui l’ont habitée. Dans le cas présent cette valeur prenant encore plus d’importance puisque la période a été le moment où la création de l’état tel que nous le connaissons s’est effectuée.

Il est assez rigolo d’ailleurs, pour étudier au mieux ce moment là de notre grande Histoire, de faire le rapprochement entre la bio qui nous concerne aujourd’hui, et celle de Mazarin, son adversaire le plus coriace de l’époque. Une sorte de duel qui lui aussi s’est promené  dans le temps pour atterrir jusqu’à nous. Condé en conservateur s’opposant à un Mazarin en route vers le chemin de la modernité.

Condé était donc un personnage à haïr et haït mais il était tout de même un être tout bonnement exceptionnel. Un parcours fait de ralliements, de trahisons, d’indécisions…

Un véritable délice que de parcourir la vie de ce personnage, de cette époque et ce joli livre.

Vive le roi, vive Simone, vive la biographie surtout quand elle est écrite d’une façon si magistrale.



23/11/2015
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