Mon monde, mon âme et le reste

Mon monde, mon âme et le reste

De par les mots


Lettre de Blaise Pascal à Monsieur Périer sur le vide

pascal 

 

15 novembre 1647

 

Monsieur,

        Je n’interromprais pas le travail continuel où vos emplois vous engagent pour vous entretenir de méditations physiques, si je ne savais qu’elles serviront, à vous délasser en vos heures de relâche, et qu’au lieu que d’autres en seraient embarrassés, vous en aurez du divertissement. J’en fais d’autant moins de difficulté, que je sais le plaisir que vous recevez en cette sorte d’entretien.

        Celui-ci ne sera qu’une continuation de ceux que nous avons eus ensemble touchant le vide. Vous savez quel sentiment les philosophes ont eu sur ce sujet: tous ont tenu pour maxime, que la nature abhorre le vide; et presque tous, passant plus avant, ont soutenu qu’elle ne peut l’admettre, et qu’elle se détruirait elle-même plutôt que de le souffrir. Ainsi les opinions ont été divisées: les uns se sont contentés de dire qu’elle l’abhorrait seulement, les autres ont maintenu qu’elle ne le pouvait souffrir. J’ai travaillé dans mon Abrégé du traité du vide à détruire cette dernière opinion et je crois que les expériences que j’y ai rapportées suffisent pour faire voir manifestement que la nature peut souffrir et souffre en effet un espace, si grand que l’on voudra, vide de toutes les matières qui sont en notre connaissance et qui tombent sous nos sens. Je travaille maintenant à examiner la vérité de la première, et à chercher les expériences qui fassent voir si les effets que l’on attribue à l’horreur du vide, doivent être véritablement attribués à cette horreur du vide, ou s’ils le doivent être à la pesanteur et pression de l’air; car, pour ouvrir franchement ma pensée, j’ai peine à croire que la nature, qui n’est point animée, ni sensible, soit susceptible d’horreur, puisque les passions présupposent une âme capable de les ressentir, et j’incline bien plus à imputer tous ces effets à la pesanteur et pression de l’air, parce que je ne les considère que comme des cas particuliers d’une proposition universelle de l’équilibre des liqueurs, qui doit faire la plus grande partie du traité que j’ai promis. Ce n’est pas que je n’eusse ces mêmes pensées lors de la production de mon abrégé; et, toutefois faute d’expériences convaincantes je n’osais pas alors (et je n’ose pas encore) me départir de la maxime de l’horreur du vide, et je l’ai même employée pour maxime dans mon abrégé; n’ayant alors autre dessein que de combattre l’opinion de ceux qui soutiennent que le vide est absolument impossible, et que la nature souffrirait plutôt sa destruction que le moindre espace vide. En effet, je n’estime pas qu’il nous soit permis de nous départir légèrement des maximes que nous tenons de l’antiquité, si nous n’y sommes obligés par des preuves indubitables et invincibles. Mais en ce cas je tiens que ce serait une extrême faiblesse d’en faire le moindre scrupule, et qu’enfin nous devons avoir plus de vénération pour les vérités évidentes, que d’obstination pour ces opinions reçues.

       Je ne saurais mieux vous témoigner la circonspection que j’apporte avant de m’éloigner des anciennes maximes, que de vous remettre dans la mémoire l’expérience que je fis ces jours passés en votre présence avec deux tuyaux l’un dans l’autre qui montre apparemment le vide dans le vide. Vous vîtes que le vif-argent du tuyau intérieur demeura suspendu à la hauteur où il se tient par l’expérience ordinaire, quand il était contrebalancé et pressé par la pesanteur de la masse entière de l’air, et qu’au contraire, il tomba entièrement, sans qu’il lui restât aucune hauteur ni suspension, lorsque, par le moyen du vide dont il fut environné, il ne fut plus du tout pressé ni contrebalancé d’aucun air, en ayant été destitué de tous côtés. Vous vîtes ensuite que cette hauteur ou suspension du vif-argent augmentait ou diminuait à mesure que la pression de l’air augmentait ou diminuait, et qu’enfin toutes ces diverses hauteurs ou suspensions du vif-argent se trouvaient toujours proportionnées à la pression de l’air.

      Certainement, après cette expérience, il y avait lieu de se persuader que ce n’est pas l’horreur du vide, comme nous estimons, qui cause la suspension du vif-argent dans l’expérience ordinaire, mais bien la pesanteur et pression de l’air, qui contrebalance la pesanteur du vif-argent. Mais parce que tous les effets de cette dernière expérience des deux tuyaux qui s’expliquent si naturellement par la seule pression et pesanteur de l’air, peuvent encore être expliqués assez probablement par l’horreur du vide, je me tiens dans cette ancienne maxime, résolu néanmoins de chercher l’éclaircissement entier de cette difficulté par une expérience décisive.

      J’en ai imaginé une qui pourra seule suffire pour nous donner la lumière que nous cherchons, si elle peut être exécutée avec justesse. C’est de faire l’expérience ordinaire du vide plusieurs fois en même jour, dans un même tuyau, avec le même vif-argent, tantôt au bas et tantôt au sommet d’une montagne, élevée pour le moins de cinq ou six cents toises, pour éprouver si la hauteur du vif-argent suspendu dans le tuyau se trouvera pareille ou différente dans ces deux situations. Vous voyez déjà sans doute, que cette expérience est décisive de la question, et que, s’il arrive que la hauteur du vif-argent soit moindre au haut qu’au bas de la montagne (comme j’ai beaucoup de raisons pour le croire, quoique tous ceux qui ont médité sur cette matière soient contraires à ce sentiment), il s’ensuivra nécessairement, que la pesanteur et pression de l’air est la seule cause de cette suspension du vif-argent, et non pas l’horreur du vide, puisqu’il est bien certain qu’il y a beaucoup plus d’air qui pèse sur le pied de la montagne, que non pas sur son sommet; au lieu qu’on ne saurait pas dire que la nature abhorre le vide au pied de la montagne plus que sur son sommet.

      Mais comme la difficulté se trouve d’ordinaire jointe aux grandes choses, j’en vois beaucoup dans l’exécution de ce dessein, puisqu’il faut pour cela choisir une montagne excessivement haute, proche dune ville dans laquelle se trouve une personne capable d’apporter à cette épreuve toute l’exactitude nécessaire. Car si la montagne était éloignée, il serait difficile d’y porter les vaisseaux, le vif-argent, les tuyaux et beaucoup d’autres choses nécessaires, et d’entreprendre ces voyages pénibles autant de fois qu’il le faudrait, pour rencontrer au haut de ces montagnes le temps serein et commode, qui ne s’y voit que peu souvent. Et comme il est aussi rare de trouver des personnes hors de Paris qui aient ces qualités, que des lieux qui aient ces conditions, j’ai beaucoup mon bonheur d’avoir, en cette occasion, rencontré l’un et l’autre, puisque notre ville de Clermont est au pied de la haute montagne du Puy de Dôme, et que j’espère de votre bonté que vous m’accorderez la grâce d’y vouloir faire vous-même cette expérience ; et sur cette assurance, je l’ai fait espérer à tous nos curieux de Paris, et entre autres au R.P. Mersenne, qui est déjà engagé, par lettres qu’il en a écrites en Italie, en Pologne, en Suède, en Hollande, etc…. d’en faire part aux amis qu’il s’y est acquis par son mérite. Je ne touche pas aux moyens de l’exécuter, parce que je sais bien que vous n’omettrez aucune des circonstances nécessaires pour la faire avec précision.

     Je vous prie seulement que ce soit le plus tôt qu’il vous sera possible et d’excuser cette liberté où m’oblige l’impatience que j’ai d’en apprendre le succès sans lequel je ne puis mettre la dernière main au traité que j’ai promis au public, ni satisfaire au désir de tant de personnes qui l’attendent, et qui vous en seront infiniment obligées. Ce n’est pas que je veuille diminuer ma reconnaissance par le nombre de ceux qui la partageront avec moi, puisque je veux, au contraire, prendre part à celle qu’ils vous auront, et en demeurer d’autant plus.

Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,  Pascal.

 


13/09/2016
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Lettre d’Alfred de Musset à George Sand

musset sand 

1er septembre 1834

 

Voilà huit jours que je suis parti et je ne t’ai pas encore écrit. J’attendais un moment de calme, il n’y en a plus. Je voulais t’écrire doucement, tranquillement par une belle matinée, te remercier de l’adieu que tu m’as envoyé, il est si bon, si triste, si doux : ma chère âme, tu as un cœur d’ange. Je voudrais te parler seulement de mon amour, ah ! George, quel amour ! Jamais homme n’a aimé comme je t’aime. Je suis perdu, vois-tu, je suis noyé, inondé d’amour ; je ne sais plus si je vis, si je mange, si je marche, si je respire, si je parle ; je sais que je t’aime. Ah ! si tu as eu toute ta vie une soif de bonheur inextinguible, si c’est un bonheur d’être aimée, si tu ne l’as jamais demandé au ciel, oh ! toi, ma vie, mon bien, ma bien-aimée, regarde le soleil, les fleurs, la verdure, le monde ! Tu es aimée, dis-toi, cela autant que Dieu peut être aimé par ses lévites, par ses amants, par ses martyrs ! Je t’aime, ô ma chair et mon sang ! Je meurs d’amour, d’un amour sans fin, sans nom, insensé, désespéré, perdu ! Tu es aimée, adorée, idolâtrée jusqu’à en mourir ! Et non, je ne guérirai pas. Et non, je n’essaierai pas de vivre ; et j’aime mieux cela, et mourir en t’aimant vaut mieux que de vivre. Je me soucie bien de ce qu’ils en diront. Ils disent que tu as un autre amant. Je le sais bien, j’en meurs, mais j’aime, j’aime, j’aime. Qu’ils m’empêchent d’aimer !

 Vois-tu, lorsque je suis parti, je n’ai pas pu souffrir ; il n’y avait pas de place dans mon cœur. Je t’avais tenue dans mes bras, ô mon corps adoré ! Je t’avais pressée sur cette blessure chérie ! Je suis parti sans savoir ce que je faisais ; je ne sais si ma mère était triste, je crois que non, je l’ai embrassée, je suis parti ; je n’ai rien dit, j’avais le souffle de tes lèvres sur les miennes, je te respirais encore. Ah ! George, tu as été tranquille et heureuse là-bas. Tu n’avais rien perdu. Mais sais-tu ce que c’est que d’attendre un baiser cinq mois ! Sais-tu ce que c’est pour un pauvre cœur qui a senti pendant cinq mois, jour par jour, heure par heure, la vie l’abandonner, le froid de la tombe descendre lentement dans la solitude, la mort et l’oubli tomber goutte à goutte comme la neige, sais-tu ce que c’est pour un cœur serré jusqu’à cesser de battre, de se dilater un moment, de se rouvrir comme une pauvre fleur mourante, et de boire encore une goutte de rosée, vivifiante ? Oh, mon Dieu, je le sentais bien, je le savais, il ne fallait pas nous revoir. Maintenant c’est fini ; je m’étais dit qu’il fallait revivre, qu’il fallait prendre un autre amour, oublier le tien, avoir du courage J’essayais, je tentais du moins. Mais maintenant, écoute, j’aime mieux ma souffrance que la vie ; vois-tu, tu te rétracterais que cela ne servirait de rien ; tu veux bien que je t’aime ; ton cœur le veut, tu ne diras pas le contraire, et moi, je suis perdu. Vois-tu, je ne réponds plus de rien.


26/08/2016
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Lettre de Blaise Pascal à Monsieur Périer sur le vide

pascal 

15 novembre 1647

 

Monsieur,

        Je n’interromprais pas le travail continuel où vos emplois vous engagent pour vous entretenir de méditations physiques, si je ne savais qu’elles serviront, à vous délasser en vos heures de relâche, et qu’au lieu que d’autres en seraient embarrassés, vous en aurez du divertissement. J’en fais d’autant moins de difficulté, que je sais le plaisir que vous recevez en cette sorte d’entretien.

        Celui-ci ne sera qu’une continuation de ceux que nous avons eus ensemble touchant le vide. Vous savez quel sentiment les philosophes ont eu sur ce sujet: tous ont tenu pour maxime, que la nature abhorre le vide; et presque tous, passant plus avant, ont soutenu qu’elle ne peut l’admettre, et qu’elle se détruirait elle-même plutôt que de le souffrir. Ainsi les opinions ont été divisées: les uns se sont contentés de dire qu’elle l’abhorrait seulement, les autres ont maintenu qu’elle ne le pouvait souffrir. J’ai travaillé dans mon Abrégé du traité du vide à détruire cette dernière opinion et je crois que les expériences que j’y ai rapportées suffisent pour faire voir manifestement que la nature peut souffrir et souffre en effet un espace, si grand que l’on voudra, vide de toutes les matières qui sont en notre connaissance et qui tombent sous nos sens. Je travaille maintenant à examiner la vérité de la première, et à chercher les expériences qui fassent voir si les effets que l’on attribue à l’horreur du vide, doivent être véritablement attribués à cette horreur du vide, ou s’ils le doivent être à la pesanteur et pression de l’air; car, pour ouvrir franchement ma pensée, j’ai peine à croire que la nature, qui n’est point animée, ni sensible, soit susceptible d’horreur, puisque les passions présupposent une âme capable de les ressentir, et j’incline bien plus à imputer tous ces effets à la pesanteur et pression de l’air, parce que je ne les considère que comme des cas particuliers d’une proposition universelle de l’équilibre des liqueurs, qui doit faire la plus grande partie du traité que j’ai promis. Ce n’est pas que je n’eusse ces mêmes pensées lors de la production de mon abrégé; et, toutefois faute d’expériences convaincantes je n’osais pas alors (et je n’ose pas encore) me départir de la maxime de l’horreur du vide, et je l’ai même employée pour maxime dans mon abrégé; n’ayant alors autre dessein que de combattre l’opinion de ceux qui soutiennent que le vide est absolument impossible, et que la nature souffrirait plutôt sa destruction que le moindre espace vide. En effet, je n’estime pas qu’il nous soit permis de nous départir légèrement des maximes que nous tenons de l’antiquité, si nous n’y sommes obligés par des preuves indubitables et invincibles. Mais en ce cas je tiens que ce serait une extrême faiblesse d’en faire le moindre scrupule, et qu’enfin nous devons avoir plus de vénération pour les vérités évidentes, que d’obstination pour ces opinions reçues.

       Je ne saurais mieux vous témoigner la circonspection que j’apporte avant de m’éloigner des anciennes maximes, que de vous remettre dans la mémoire l’expérience que je fis ces jours passés en votre présence avec deux tuyaux l’un dans l’autre qui montre apparemment le vide dans le vide. Vous vîtes que le vif-argent du tuyau intérieur demeura suspendu à la hauteur où il se tient par l’expérience ordinaire, quand il était contrebalancé et pressé par la pesanteur de la masse entière de l’air, et qu’au contraire, il tomba entièrement, sans qu’il lui restât aucune hauteur ni suspension, lorsque, par le moyen du vide dont il fut environné, il ne fut plus du tout pressé ni contrebalancé d’aucun air, en ayant été destitué de tous côtés. Vous vîtes ensuite que cette hauteur ou suspension du vif-argent augmentait ou diminuait à mesure que la pression de l’air augmentait ou diminuait, et qu’enfin toutes ces diverses hauteurs ou suspensions du vif-argent se trouvaient toujours proportionnées à la pression de l’air.

      Certainement, après cette expérience, il y avait lieu de se persuader que ce n’est pas l’horreur du vide, comme nous estimons, qui cause la suspension du vif-argent dans l’expérience ordinaire, mais bien la pesanteur et pression de l’air, qui contrebalance la pesanteur du vif-argent. Mais parce que tous les effets de cette dernière expérience des deux tuyaux qui s’expliquent si naturellement par la seule pression et pesanteur de l’air, peuvent encore être expliqués assez probablement par l’horreur du vide, je me tiens dans cette ancienne maxime, résolu néanmoins de chercher l’éclaircissement entier de cette difficulté par une expérience décisive.

      J’en ai imaginé une qui pourra seule suffire pour nous donner la lumière que nous cherchons, si elle peut être exécutée avec justesse. C’est de faire l’expérience ordinaire du vide plusieurs fois en même jour, dans un même tuyau, avec le même vif-argent, tantôt au bas et tantôt au sommet d’une montagne, élevée pour le moins de cinq ou six cents toises, pour éprouver si la hauteur du vif-argent suspendu dans le tuyau se trouvera pareille ou différente dans ces deux situations. Vous voyez déjà sans doute, que cette expérience est décisive de la question, et que, s’il arrive que la hauteur du vif-argent soit moindre au haut qu’au bas de la montagne (comme j’ai beaucoup de raisons pour le croire, quoique tous ceux qui ont médité sur cette matière soient contraires à ce sentiment), il s’ensuivra nécessairement, que la pesanteur et pression de l’air est la seule cause de cette suspension du vif-argent, et non pas l’horreur du vide, puisqu’il est bien certain qu’il y a beaucoup plus d’air qui pèse sur le pied de la montagne, que non pas sur son sommet; au lieu qu’on ne saurait pas dire que la nature abhorre le vide au pied de la montagne plus que sur son sommet.

      Mais comme la difficulté se trouve d’ordinaire jointe aux grandes choses, j’en vois beaucoup dans l’exécution de ce dessein, puisqu’il faut pour cela choisir une montagne excessivement haute, proche dune ville dans laquelle se trouve une personne capable d’apporter à cette épreuve toute l’exactitude nécessaire. Car si la montagne était éloignée, il serait difficile d’y porter les vaisseaux, le vif-argent, les tuyaux et beaucoup d’autres choses nécessaires, et d’entreprendre ces voyages pénibles autant de fois qu’il le faudrait, pour rencontrer au haut de ces montagnes le temps serein et commode, qui ne s’y voit que peu souvent. Et comme il est aussi rare de trouver des personnes hors de Paris qui aient ces qualités, que des lieux qui aient ces conditions, j’ai beaucoup mon bonheur d’avoir, en cette occasion, rencontré l’un et l’autre, puisque notre ville de Clermont est au pied de la haute montagne du Puy de Dôme, et que j’espère de votre bonté que vous m’accorderez la grâce d’y vouloir faire vous-même cette expérience ; et sur cette assurance, je l’ai fait espérer à tous nos curieux de Paris, et entre autres au R.P. Mersenne, qui est déjà engagé, par lettres qu’il en a écrites en Italie, en Pologne, en Suède, en Hollande, etc…. d’en faire part aux amis qu’il s’y est acquis par son mérite. Je ne touche pas aux moyens de l’exécuter, parce que je sais bien que vous n’omettrez aucune des circonstances nécessaires pour la faire avec précision.

     Je vous prie seulement que ce soit le plus tôt qu’il vous sera possible et d’excuser cette liberté où m’oblige l’impatience que j’ai d’en apprendre le succès sans lequel je ne puis mettre la dernière main au traité que j’ai promis au public, ni satisfaire au désir de tant de personnes qui l’attendent, et qui vous en seront infiniment obligées. Ce n’est pas que je veuille diminuer ma reconnaissance par le nombre de ceux qui la partageront avec moi, puisque je veux, au contraire, prendre part à celle qu’ils vous auront, et en demeurer d’autant plus.

Monsieur, Votre très humble et très obéissant serviteur,  Pascal.

 

 

 

 


20/08/2016
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Lettre de la Comtesse de Ségur à son petit-fils Jacques

comtessesegur 

Mon cher petit Jacques,

Je suis bien sûre que tu m’as écrit pour la nouvelle année, mais je n’ai pas reçu de lettre de toi… Je suis bien inquiète de toi, mon enfant chéri, et bien triste de ne pas te voir ; mon bon temps est passé, le bon temps où je te voyais deux fois par semaine, où je te faisais sortir, où je te savais près de moi. Je prie le bon Dieu pour ton bonheur ; je pense à toi pour ma satisfaction personnelle ; j’espère et j’attends de tes nouvelles ; je demande à Dieu de m’accorder la grâce de te revoir aux vacances à Livet, et je me soumets, du reste, à sa sainte volonté ; seulement, si je meurs loin de toi, sache bien que tu es ma dernière pensée et que je t’envoie ma dernière bénédiction. — J’espère que tu n’es pas gelé à Poitiers comme nous le sommes ici depuis le 30 novembre. Je crains que tu n’aies des engelures…..

(…)

Adieu, mon petit chéri ; je t’embrasse comme je t’aime, de tout mon cœur. Tous les tiens vont bien.

Grand’mère de Ségur.


16/08/2016
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Lettre de Maria Callas à Giovanni Battista Meneghini

mariacallas

25 mai 1949

 

Mon Battista,

Aujourd’hui j’avais décidé de ne pas t’écrire parce que j’ai l’impression d’exagérer. Je te fatigue et t’embête avec mes longues et ennuyeuses lettres, n’est-ce pas ?

Maintenant, il est 12 moins le quart et je ne suis pas capable. Je suis si pleine de toi que j’ai l’impression d’exploser. Battista, j’ai besoin de toi. C’est inutile de te dire des mensonges et de faire l’héroïque. J’ai besoin de toi ; je ne sais rien faire sans toi. Tu as tout pris de moi donc tu ne peux pas m’envoyer au loin car je n’ai plus rien. Ni mon âme, ni mon ressenti, ni mon corps, rien ! J’ai été courageuse jusqu’à présent mais j’admets que je commence à ne plus pouvoir résister. Quoi que je fais, pense, vois ou mange, je me dis toujours : « Battista aime, Battista aimerait. Battista penserait comme ça, etc. »

Pardonne-moi, chéri, mais ce n’est pas ma faute si je t’aime à ce point. Nous nous sommes rencontrés, compris, estimés, aimés, entendus, et enfin indissolublement liés.

Nous ne devons pas nous séparer, nous ne le pouvons pas ! Parce que ni toi ni moi nous ne résistons. Mon monde c’est toi, tout est toi, comment veux-tu donc que je sois tranquille et sereine loin de toi.

Et puis, je n’ai plus de mots en fait pour t’exprimer tout ce que je désire et combien ma vie sans toi est inutile. Je ne pourrais jamais trouver les mots justes et assez forts.

Si j’étais à côté de toi, en me regardant dans les yeux, tu comprendrais tout ce que j’éprouve alors, et avec ma tendresse, je saurais mieux te l’expliquer qu’avec des mots froids et insuffisants.

Je serai heureuse de pouvoir rentrer dans un mois ! C’est ma prière à notre petite Madone, chaque soir. Pense au jour où nous nous reverrons ! Il me semble que mon cœur cessera de battre à cause de la joie et le monde s’arrêtera tant il y aura d’émotion. Tu y as pensé toi ? Tu y penses ?

Pourquoi ne me parles-tu pas plus de toi, de tes affaires, davantage de toi !? Tu m’écris si peu, trop peu !

Et ta santé ? Je tremble pour toi, pour nous, parce que nous sommes si amoureux et heureux qu’il me semble que c’est une chose impossible qui existe. Ce n’est pas ça ? Qui a tout ce que nous avons, nous ?!

Mon cher amour, pense à moi complètement, écris-moi et porte-toi bien.

Je voudrais que tu me dises si tu pourrais trouver quelqu’un pour faire passer mes malles à mon retour, parce que si je trouve quelque chose qui me plaît ici, je pense que je l’achèterai. Par exemple, des tapis, il y en a de très beaux. Ecris-moi le prix et dis-moi ce que je devrais faire.

Je te laisse maintenant, et je continue demain. J’espère recevoir du courrier de ta part. J’ai besoin de toi, de tes lettres !

 

 


11/08/2016
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Lettre de René Crevel à Gertrude Stein

crevelstein 

 

C’est le paradis sur moi, cette cravate d’un bleu si merveilleux. Je vous remercie beaucoup. Et merci à Miss Stein. J’ai été si heureux et fier de son aimable lettre.

Je mène une vie très calme. Je suis de nouveau romantiquement fatigué, et l’esprit blues, — fatigué et blues avec une cravate bleue, n’est-ce pas là la plus romantique des attitudes ? Philip Lasell qui est ici veut me prendre en juin et mettre votre serviteur en plein milieu du Colorado où je pourrais connaître une nouvelle vie et oublier ces méchants poumons et la maladie. Comme la vie d’un homme malade peut être curieuse ! Je voudrais écrire quelque chose là-dessus, d’ailleurs je vais le faire. Un malade est un nuage pour ses amis. Je ne suis pas triste mais un nuage n’est pas drôle même si chacun en attend beaucoup. Les médecins disent qu’au printemps (au printemps prochain) je devrais être en forme. Ils le disent mais… La vie est la vie tout comme une rose est une rose. Mais je suis parfois triste parce que je songe que je pourrais pas cueillir les roses. J’ai peur. Un nuage a peur du ciel. Or un malade est un nuage. Mais une cravate bleue est un morceau de paradis qui délivre de ses obsessions un pauvre homme, un pauvre malade.

Ne m’oubliez pas. Et pour vous et Miss Stein, toutes mes pensées,

René.


02/08/2016
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Lettre d’Honoré de Balzac à Madame Hanska

Photo_Balzac-Honore_de_002 

Si tu savais combien de superstitions tu me donnes. Dès que je travaille je mets à mon doigt le talisman, cet anneau sera à mon doigt pendant toutes mes heures de travail, je le mets au 1er doigt de la main gauche, avec lequel je tiens mon papier, en sorte que ta pensée m’étreint, tu es là avec moi, maintenant au lieu de chercher en l’air mes mots, et mes idées je les demande à cette délicieuse bague et j’y ai trouvé tout Séraphîta.

Amour céleste, que de choses j’ai à te dire, et pour lesquelles il faudrait les saintes heures pendant lesquelles le coeur sent le besoin de se mettre à nu. Les adorables plaisirs de l’amour ne sont que les moyens d’arriver à cette union, cette fusion des âmes. Chère, avec quelle joie, je vois mes fortunes de coeur, et le sort de mon âme assurés. Oui, je t’aimerai, seule et unique dans toute ma vie. Tu as tout ce qu’il me plaît. Tu exhales pour moi, le parfum le plus enivrant qu’une femme puisse avoir, cela seul est un trésor d’amour. Je t’aime avec un fanatisme qui n’exclut pas cette ravissante quiétude d’un amour sans orages possibles. Oui, dis-toi bien que je respire par l’air que tu aspires, que je ne suis jamais avoir d’autre pensée que toi. Tu es la fin de tout pour moi. Tu seras La Dilecta jeune, et déjà je te donne La Prédilecta, ne murmure pas de cette alliance de 2 sentiments, je voudrais croire que je t’aimais en elle, et que les nobles qualités qui m’ont attendri, qui m’ont fait le meilleur que n’étais, sont toutes en toi.

Je t’aime, mon ange de la terre, comme on aimait au Moyen Âge, avec la plus entière des fidélités, et mon amour sera toujours plus grand, sans tache, je suis fier de cet amour. C’est le principe d’une nouvelle vie. De là, le nouveau courage que je me sens contre mes dernières adversités. Je voudrais être plus grand, être quelque chose de glorieux pour que la couronne à poser sur ta tête fût la plus feuillue, la plus fleurie, de toutes celles qu’ont noblement gagnées les grands hommes. N’aie donc jamais ni défiance, ni crainte ; il n’y a pas d’abîmes dans les cieux. Mille baisers pleins de caresses, mille caresses pleines de baisers. Mon Dieu, ne pourrais-je donc jamais te faire bien voir combien je t’aime, toi, mon Eve.

Honoré de Balzac

 

 


21/07/2016
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